Ce que j’ai à te dire : C’est qu’Asano n’a pas le monopole de l’émotion.

Derrière ce titre un poil racoleur, se cache en réalité une oeuvre que j’ai pris un plaisir fou à découvrir, ce qui arrive de plus en plus ces derniers temps mais malheureusement un peu tard. La plupart des titres que je découvre pour une bouchée de pain en occasion sont assez anciens et parfois les maisons d’éditions n’existent plus alors qu’elles possédaient parfois de sacrés bons titres à leur catalogue méritant d’être soutenu, quand on vous dit que la qualité ne fait pas forcément vendre hein même si je m’avance beaucoup puisque je ne connais pas le reste de leur catalogue !

Ce que j’ai à te dire est un manga coréen (certains préfèrent l’appellation manhwa mais on s’en fout un peu de l’appellation en fait tant que c’est bien) paru chez les éditions Kwari qui n’ont malheureusement pas du réussir à pérenniser leur activité, ce qui est vraiment dommage car rien que ce titre respire la qualité et donne envie de fouiller dans leur catalogue à la recherche d’autres pépites.

Parlons peu, parlons bien, Ce que j’ai à te dire est un oneshot intriguant qui pourrait malgré tout en rebuter plus d’un par ses nombreuses spécificités et j’insiste sur le mot spécificité car il englobe à la fois de bonnes et mauvaises idées. A commencer par un synopsis qui ne transpire par la joie de vivre mais qui annonce directement la couleur, couleur qui est également au rendez-vous pour le meilleur et pour le pire.

Gae-Yon est une femme heureuse et presque totalement épanouie sur le point de se marier. Avant de se passer la corde au cou, elle décide de partir une dernière fois en voyage avec ses parents, un voyage qui va bouleverser sa vie à tout jamais à cause d’un accident lors duquel ses parents vont décédés et dont elle sera gravement brûlé sur une partie du corps, le visage. Abandonné par le monde entier et surtout son fiancé, elle va sombrer dans l’alcool et perdre goût à la vie jusqu’au jour ou…elle reprendra partiellement goût à la vie, bah oui !

Un découpage spécial et chaotique

Chaque auteur à ses petites habitudes en matière de découpage de planches, ce qui va du découpage tout ce qu’il y a de plus classique, ce qui n’est pas forcément une tare comme le prouve pas mal de manga ou alors un découpage totalement chaotique à la limite du supportable et c’est (mal)heureusement à cette seconde catégorie qu’appartient Ce que j’ai à te dire.

Chacun est libre de trouver ça horrible ou génial mais il faut rappeler que c’est clairement un parti pris assumé par l’auteur qui pour le coup dessert parfaitement le manga et son ambiance. Chaque auteur a son propre style, Inio Asano pour citer un excellent auteur qui sait jouer avec les émotions, appartient plutôt à la première catégorie, à savoir un découpage plus traditionnel et se concentre plus sur les plans et les personnages, ce qui est totalement différent ici.

Par moment, il y a tellement de cases par page que la lecture en devient complètement brouillonne et juste derrière, d’un coup en contraste, une double page quasiment blanche nous donne une immense gifle. L’auteur arrive également à nous faire ressentir l’angoisse que le personnage ressent à travers d’une simple page remplit entièrement de texte, l’oppression se fait instantanément sentir.

Le dessin : montagnes russes

Loin d’être aussi classe et épuré que celui de Inio Asano (putain mais tu n’as que ce nom à la bouche ?!), il n’empêche que l’auteur arrive facilement à nous transmettre ce qu’il veut faire passer, que ce soit les différentes émotions des personnages ou l’ambiance générale du manga et c’est bien là le rôle du dessin dans une bande dessiné, pouvoir s’affranchir de tout expliquer uniquement avec des mots.

On ne peut décemment qualifier le dessin de « magnifique », il est correct la plupart du temps mais aussi génialement grossier à la limite du croquis par moment, ce qui semble être un parti artistique totalement assumé qui nous en met plein les yeux en alternant peut être trop brutalement de style d’une page à l’autre mais putain ce que c’est bon.

La couleur au service de l’émotion :

Tout comme dans l’oiseau bleu (t’as vu, je fais style j’ai des exemples et de la culture!), la couleur joue ici un rôle prépondérant dans l’ambiance du manga, permettant également de mesurer le degré de bonheur et de gaieté, qu’il soit positif ou négatif. Le rôle des couleurs est assez classique avec le noir et blanc qui sert la plupart du temps à représenter les émotions négatives tandis que les couleurs chaudes et claires servent pour les émotions positives.

L’auteur ne se limite pas qu’à ça et utilise également le noir en complément d’une autre couleur comme le rouge pour la colère, l’envie de meurtre et l’expression de sentiments forts comme le désespoir. Au contraire, les couleurs s’adoucissent lors des parties calmes voir joyeuses et l’alternance de phases sombres et colorés est un régal pour la rétine. Il y a également des exceptions comme certains sentiments teintés de gris symbolisant peut être le caractère éphémère du bonheur de la scène ?

Les joies de la vie : les questions existentielles

Au delà d’une histoire qui semble tout ce qu’il y a de plus classique, elle n’en reste pas moins bonne grâce au personnage de Gae-Yon dont la personnalité est pour le moins spécial mais nous interpelle également sur l’oppression à cause des différences, l’importance que peut avoir le regarde des autres sur soi même, l’impression d’être rejeté car on ne convient plus à une société codifiée et formatée. L’histoire nous prouve aussi le contraire, que le regard des gens n’est pas forcément immuable et que tout n’est pas noir ou blanc.

Le bonheur est il accessible à tous ou réservé à certaines personnes ? Pourquoi suis-je né, qu’est ce que je vais faire de ma vie ? Autant de questions que Ce que j’ai à te dire nous pose, questions existentielles que tout le monde s’est déjà posé au moins une fois dans sa propre vie et c’est ce genre d’interrogation qui rend le manga encore plus intéressant, allant même jusqu’à se demander quelle est la valeur des instants éphémères qui composent notre existence.

Ce qu’il y a de bien avec Ce que j’ai à te dire, c’est que l’histoire ne se limite pas qu’à ça (et encore, ça serait quand même génial) et se poursuit avec l’histoire de jumelles au parcours totalement différent et qui braveront l’adversité chacune à sa manière. L’une sourde mais jamais défaitiste tentera de changer son entourage en leur communiquant sa joie de vivre alors qu’elle devrait être loin d’en avoir… Tout n’est pas écrit noir sur blanc ou même en couleur, laissant par moment place à la suggestion qui n’en reste pas moins simple niveau compréhension et c’est plutôt génial de voir un manga capable de s’exprimer grâce à plusieurs procédés, de s’affranchir.

C’est presque un véritable cri du coeur que je pousse en écrivant cet article tellement le manga m’a touché et encore, je n’ai pas tout abordé dans cet article, de quoi vous laisser découvrir par vous même ces histoires et la déferlante de sentiments qui vous submergera à coup sûr. Si vous cherchez à vous procurer le manga, il est actuellement disponible dans la boutique de l’éditeur Black Box en occasion, état comme neuf à 5,99€ ou bien sur amazon vendu par des tiers en occasion ou en neuf (lien sponso).

Posté le 19 juillet 2016 à 0:13 par freedommaner

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